Misemono :  Homme à queue

        Une histoire qui était depuis longtemps tombée à l’eau, aussi qu’elle ne fut pas ma stupéfaction de découvrir ce netsuke: n’avais-je point la berlue? C’était la première fois que je voyais un tel netsuke et Dieu sait les milliers de netsuke  que j’ai vu en 60 ans. Sans nul doute il était ancien et probablement tout début du 18ème siècle, un ivoire d’éléphant avec une belle patine. Intrigué par cette queue je me lançais dans des recherches et je trouvais ce récit: 

       M. d’Enjoy qui administrait la justice chez les Annamites raconte : «  Au cours d’un voyage que j’ai fait en 1890 entre le 104ème et 106° de longitude, j’ai pu constater de visu qu’un individu, appartenant à l’ethnologie Moï était pourvu d’un appendice caudal. Il avait été surpris par mes gens au moment où il récoltait du miel dans un arbre. Nous ayant vus, il descendit précipitamment, il appliquait ses pieds à plat sur l’écorce..., nous crûmes que c’était un singe…son appendice caudal nous stupéfia…Après bien des difficultés notre homme me conta l’histoire du peuple auquel il appartenait. » Les unions contractées avec les populations voisines auraient abâtardit la race et fait disparaître cette queue.”

         Quand on regarde ses cheveux on est sur que le sculpteur a bien sculpté un homme et que ce netsuke ne fait pas partie d’un  Sanbikisaru tout en ayant l’attitude d’un Kikazaru décidé à ne pas entendre le Mal. Est ce un misemono?

 

        Les misemono étaient des spectacles très populaires, un peu comme des foires où l’on présentait dans les enceintes de grands temples des curiosités comme des sirènes ou des animaux insolites comme un casoar, deux dromadaire en 1821 et toutes sortes de nouveautés comme un charmeur de serpent en 1822 ou des acrobates. Les deux picaresques compères du roman de Jippensha Ikku  "Sur la route du Tokaïdo" nous en donnent quelques descriptions au cours de leur pérégrination.

 

           Une fouille archéologique à Kyūshū au Japon a révélé des fragments d'une céramique vietnamienne avec la date inscrite de 1330. Il est évident qu’un commerce s’est établi entre le Vietnam et Satsuma  ou Nagasaki avec des bateaux authorisés à commercer avec Annam et Luzon. comme ce bateau, illustré ci-dessous, appelé shuinsen illustré et publié en 1818 dans le Gaiban Shokan dessiné par Kondo Seisai , magistrat à Nagasaki . Il n’est pas impossible qu’un tel homme ait été capturé et ramenné au Japon puis présenté dans des spectacles de foire car je ne vois pas comment un sculpteur aurait pu imaginer un tel netsuke. Le sculpteur le représente assis comme un singe et se bouchant les oreilles pour ne pas entendre la cacophonie ambiante, enfin toutes les élucubrations sont possible et quiconque voudrait bien m’aider à éclaircir le sujet est le bienvenu.